Où est notre limite?

marielou
Marie-Lou Gagnon
5 avril 2019

Il y a près de 4 mois, on a écrit le tout premier article de blogue au nom de Braver. Ce faisant, on s'est questionné à savoir quelle approche on devait utiliser dans nos écrits. Est-ce que les gens veulent lire des articles seulement à propos de Braver ou sont-ils aussi intéressés à entendre parler de Marie-Lou et Mathieu? C'est un blogue d'entreprise et non un blogue personnel, mais au fond cette entreprise est aussi le fruit de nos idéaux en tant qu'individus. Bref, tout ça pour dire qu'aujourd'hui j'ai décidé de vous parler de Mathieu et moi avec transparence.

Nous avons été plutôt silencieux ces dernières semaines, et ce, en raison de quelques évènements personnels. Aujourd'hui, par contre, je veux surtout vous parler du creux de vague et des doutes qui nous ont récemment envahis. Ces doutes font évidemment partie de notre quotidien depuis plusieurs mois, mais ces derniers jours, ils étaient plus forts que nous. Jeudi, les doutes nous ont cloués sur le divan pendant quelques heures. Ce jour-là, les doutes étaient plus fort que notre optimiste habituel. Plus fort que cette profonde volonté et que cette vision à laquelle on aspire. Cette fois-ci, les doutes nous ont poussés à envisager d'arrêter Braver.

D'abord, il faut comprendre que Braver est un projet ambitieux qui aspire à rassembler une communauté de professionnels de la santé qui pourront facilement communiquer entre eux et réellement collaborer afin de mieux aider le patient. Énoncé tel quel, cela peut paraître simple, mais cette ambitieuse vision n'est pas sans embûches. La première difficulté à laquelle on fait face, c'est la complexité de notre système de santé. Entre le public et le privé, les dizaines de compagnies offrant des systèmes de dossiers électroniques, les ordres professionnels, les associations, le lobbying et les milliers de professionnels de la santé ayant tous des façons différentes de travailler, on peut rapidement y perdre la tête.

Cette complexité rend la réalisation de notre vision économiquement très difficile. Une piste de solution pourrait être de se concentrer sur un segment de marché plus petit, soit de cibler un type de professionnel de la santé en particulier pour commencer. D'un point de vue "business", cela fait effectivement beaucoup de sens. Mais est-ce vraiment en permettant par exemple aux physiothérapeutes de mieux se parler entre eux que nous allons réussir à briser les silos entre les différentes professions? Nous sommes persuadés que non, ce pourquoi nous restons accrochés à notre vision et que l'impasse persiste.

Une autre difficulté à laquelle on fait face actuellement est notre modèle d'affaires. Ou plus précisément: comment on réussit à faire des sous pour s'assurer que Braver ne tombe pas en faillite l'hiver prochain. Ouf! Juste à écrire cela, j'ai mal à la tête. Imaginez-vous un casse-tête de mille morceaux qui a pour image un champ de blé bien uniforme. Vous avez un morceau entre les mains et peut importe le sens dans lequel vous le tournez, vous n'êtes jamais certains qu'il soit à la bonne place. On croit donc avoir assemblé un casse-tête cohérent avec notre modèle d'affaires, mais en fin de compte on ne peut pas savoir si le champ de blé nourrira une famille, un village, une ville entière ou juste quelques vaches. Bon, on a atteint la limite de la métaphore du champ de blé.

Plus concrètement, nous travaillons fort pour avoir de l'aide financière, nous participons à des concours et nous investissons corps, âmes et argent dans Braver. Mais malgré cela, la pérennité de notre entreprise est loin d'être assurée puisque nous devons réussir à faire des revenus dans un avenir rapproché. Et dans un avenir encore plus rapproché, nous devons mettre sur le marché une application web et mobile qui sera gratuite pour tous les professionnels de la santé, car nous évoluons dans un monde où la plupart des services web sont gratuits. Et nous ne voulons absolument pas faire de publicité ni vendre de l'information, même anonymisée. Mais où est-ce que les revenus s'insèrent là-dedans? Nous avons une stratégie, mais pour le moment, c'est un champ de blé qui n'a pas commencé à pousser...

Finalement, une autre difficulté à laquelle on fait face concerne la résistance au changement. À quel point les intervenants du système de santé sont-ils prêts à ouvrir plus grand les canaux de communication et à changer leur manière de collaborer? C'est un sujet passionnant et le texte commence à être un peu long, alors je le garde pour un prochain article de blogue!

Bref, ce jour-là, échoués sur le divan, nous doutions du marché, du modèle d'affaires, de la volonté du domaine de la santé de vouloir faire autrement et aussi de nous. Où est notre limite? À quel moment devrons-nous reconnaitre que Braver est une mission impossible? À quel moment devrons-nous reconnaitre que de continuer d'y croire est aussi de se mettre en péril? Et pourquoi acceptons-nous de nous mettre autant en péril?

Après quelques heures sur le divan, on a finalement réalisé qu'on avait faim et que la faim nous rendait, comme à l'habitude, un peu plus pessimistes. Après tous ces doutes, on s'est relevés et on a mis un pas devant l'autre pour aller se faire à souper. Après avoir mangé, on se sentait un peu moins pessimiste et on s'est donné une journée de plus. Une journée de plus à croire que Braver pourra changer notre système de santé. Une journée à la fois peut-être y arriverons-nous?