Avez-vous le sentiment d'imposteur?

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Marie-Lou Gagnon
31 juillet 2019

C’était à l’automne 2018. On se questionnait à savoir s’il serait intéressant d’impliquer d’autres cofondateurs dans Braver. On se disait qu’il serait peut-être pertinent d’impliquer des gens du domaine des affaires auprès de nous. Ces gens pourraient entre autres me supporter dans mon nouveau rôle de présidente. Cette idée m’attirait, mais me repoussait tout à la fois. J’avais envie d’avoir du support et de pouvoir apprendre de quelqu’un d’autre, mais j’avais aussi peur.

Je crois qu’on a tous des peurs. Certains en ont plus que d’autres et d’autres disent ne pas en avoir. Mais une chose est certaine, lorsqu’on parle de briser les silos entre les professionnels de la santé, il y a parfois des craintes et des peurs qui font surface comme on vous l’a mentionné dans notre dernier article de blogue.

Je crois que l’exercice d’observation et de compréhension d’une peur peut être très bénéfique. C’est pourquoi j’aimerais aborder plus en profondeurs certaines de celles que les professionnels nous ont partagées. Mais avant de vous parler de la peur des autres, je vais d’abord tenter d’agir en toute humilité et de vous partager l’une des miennes.

C’était à l’automne 2018. Et j’avais peur d’intégrer des gens du domaine des affaires dans notre équipe. J’avais peur que ces gens se rendent compte que je ne possédais pas les compétences pour être la présidente de Braver. J’avais peur de ne pas être à la hauteur en tant qu’entrepreneure. Dans ces moments de doutes où la peur se pointe le bout du nez, j’ai l’impression que je ne suis pas assez bonne pour accomplir toutes les nouvelles tâches qui se présentent à moi. J’ai ce fort sentiment que mes compétences ne sont pas suffisantes. C’est comme si une petite voix intérieure me disait parfois: "tu n’as pas la valeur que les gens t’accordent". En d’autres termes, on peut dire que j’ai le sentiment de l’imposteur.

Apparemment, je ne suis pas seule à ressentir cela. Ce sentiment a été étudié et identifié pour la première fois en 1978 par les psychologues américaines Pauline Rose Clance et Suzanne Imes. Ce qu’elles appellent le "syndrome de l’imposteur" est d’ailleurs assez célèbre dans notre société. Selon certaines études, il a été estimé que 70% des gens allaient expérimenter au moins un épisode de ce phénomène dans leur vie (Gravois 2007). Il s’agit d’un phénomène plutôt complexe et multifactoriel, mais il est intéressant de noter que:

  • quelques-uns des principaux facteurs identifiés contribuant à son développement inclut d’être une femme et d’être perfectionniste
  • le contexte familial est très déterminant

(Sources)

Je ne vous ferai pas la psychanalyse de mon enfance, mais je peux vous avouer que je suis une perfectionniste qui ne veut pas échouer. Je ne veux pas échouer parce que j’internalise beaucoup l’échec. C’est-à-dire que si j’ai un échec, je suis très douée pour me taper sur la tête et mettre le blâme sur l’absence d’une certaine compétence chez moi. Ce trait de ma personnalité, ajouté à mon nouveau contexte d’entrepreneure dans une startup technologique, soit un rôle où je suis plutôt minoritaire en tant que femme, a favorisé l’émergence du fameux sentiment de l’imposteur.

Selon la littérature, le syndrome s’articule en un cercle vicieux (sources):

  1. La personne désire commencer une tâche qui pourrait la rendre fière
  2. L’idée de ne pas réussir suscite de l’anxiété, un doute de soi et de l’inquiétude
  3. Face à ces émotions, la personne fait de la surpréparation ou de la procrastination, ce qui la soulage temporairement
  4. Après que la tâche ait bel et bien été accomplie avec succès, il y a un petit moment de satisfaction, une petite tape dans le dos!
  5. Très rapidement, l’imposteur se pointe et réduit ce sentiment positif, en extériorisant la responsabilité du succès, ce qui permet au doute de soi et à l’anxiété de revenir de plus belle.
  6. Face à ces émotions négatives, la personne retourne à la première étape.

Également, plusieurs études ont été effectuées chez des étudiants en santé puisqu’il semblerait que ceux-ci soient plus susceptibles de développer ce sentiment d’imposteur. Une de celles-ci, faite sur des étudiants en médecine, révélait que près du quart des étudiants masculins et la moitié des étudiantes féminines vivaient un syndrome de l’imposteur (sources). Cette prévalence chez les étudiants en médecine peut nous laisser croire que le sentiment d’imposteur est aussi davantage présent chez les autres étudiants en santé. Est-ce que ce sentiment peut persister après la fin des études? Il est probable que oui.

Ce qui m’apparait intéressant à ce stade, ce n’est pas nécessairement de diagnostiquer un sentiment d’imposteur chez les professionnels de la santé nous entourant, mais plutôt de se questionner à savoir si ce sentiment pourrait aussi être responsable d’une peur face à la collaboration interpersonnelle.

Dans mon cas, le sentiment d’imposteur a provoqué en moi une peur de m’ouvrir à des gens que j’estimais plus compétents que moi dans un certain domaine. Non pas parce que je n’en avais pas envie, mais bien parce que je doutais de moi. Il me semblait donc que la solution la plus simple serait de ne pas m’exposer afin de ne pas être démasquée par des gens débordant de compétences. Heureusement que je ne me suis pas laissé guider par ma peur!

Peut-il en être de même avec certains professionnels de la santé face à la collaboration interprofessionnelle? Au final, la question reste en suspens et c’est correct.

Ce dont je suis sûre, c’est qu’à l’automne 2018, j’avais peur, mais j’en étais consciente. Cette conscience me permettait d’observer ce pattern plutôt que d’en être seulement assujettie. Cela a fait toute la différence, car malgré que j’avais peur, je continuais tout de même à avancer dans cette direction. La peur n’est pas un problème en soi, mais elle peut le devenir si elle s’improvise le chef d’orchestre de nos décisions.